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La Malédiction des Gitans
La Malédiction des Gitans
Les terribles pouvoirs des graffitis manouche




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 Colombus 08 décembre 2006 Envoie un message √† Colombus Voir le profil de Colombus
On m'avait dit :"si tu passes un jour par le petit village de Lamurge, surtout ne t'attarde pas dans la chambre du château où se trouvent les graffitis des gitans, ils ont déjà tué dix-sept personnes !"
Seulement, ce bon conseil arrivait trop tard, j'avais bien dû voir les graffitis une dizaine de fois et je n'en suis pas mort et les milliers de touristes qui, chaque année, visitent le chateau, non plus, ou bien ça se saurait.
Pourtant, les gens du pays vous diront qu'elle existe bel et bien cette
"malediction des gitans" et même qu'elle est bougrement efficace !

 Alex6 14 décembre 2006 Envoie un message √† Alex6 Voir le profil de Alex6
La légende raconte qu'au début du siècle, par une nuit de tempête, des gitans se présentèrent à la porte du château et demandèrent l'hospitalité pour la nuit . Le châtelain, un homme froid et mauvais commença par les chasser, mais apercevant parmi eux une toute jeune fille à la beauté renversante, il changea d'avis et les fit entrer.
Il installa les hommes dans l'écurie et mit les femmes dans les chambres de l'étage supérieur.
Il se recoucha mais ne trouva pas le sommeil. L'image de cette jeune fille si belle le tourmentait. Il fini par appeller son homme de main et lui ordonna de faire venir la jeune fille dans sa chambre sur le champ.
Ce qui se passa ensuite tout le monde s'en doute !
Mais on ne s'attaque pas à l'honneur des gitans sans risquer des représailles et le châtelain s'en rendit vite compte!
Dés le lendemain matin ,en apprenant ce qu'il avait fait, les gitans mirent leur vengeance au point......

 Rikiki 16 décembre 2006 Envoie un message √† Rikiki Voir le profil de Rikiki
Deux d'entre eux les plus vifs et silencieux se faufilèrent à l'intérieur du château et s'engagèrent dans l'escalier qui menait à la chambre du malfaisant châtelain. Ils s'y glissèrent prestement et apposèrent sur les murs d'étranges gribouillis; qui en fait de gribouillis étaient une vieille formule utilisée jadis par les gitans de Roumanie pour porter le mauvais oeil à quiconque osait poser les yeux sur une femme gitane si belle et envoutante soit -elle.

 Mirakle 03 janvier 2008 Envoie un message √† Mirakle Voir le profil de Mirakle
Pour écrire ces runes ensorcelées, les Roms utilisaient leur propre recette d'encre indélébile. Une subtile composition à base de sangs de plusieurs animaux et d'une goutte du propre sang de la personne à maudire. C'est la jeune femme violentée elle-même qui leur avait fourni ce dernier ingrédient. Pendant sa nuit de torture, elle s'était débattue, avait rué et griffé son bourreau lui arrachant quelques millimètres d'épiderme. Elle avait gardé cette matière sous ses ongles durant toute la nuit.

Lorsqu'au petit matin, elle avait été renvoyée par le châtelain, elle était restée très digne. Son regard vengeur s'était posé sur lui puis elle avait craché à ses pieds. Le châtelain avait ri à gorge déployée et son rire avait résonné dans tout le château.

Accueillie par sa famille, elle n'avait dit mot. Elle avait juste tendu son bras et présentée sa main aux matrones. Les Roms savaient ce qu'ils avaient à faire : ils récupérèrent les milligrammes de derme et de sang coagulé pour préparer l'encre de la malédiction.

Gino et Tiago avaient été chargés par leur communauté de l'exécution de la sentence. Chacun d'eux connaissait par coeur le rituel et les mots sacrés à écrire. Des mots anciens comme l'éternité, des mots au lourd passé, des mots d'une efficacité redoutable...

Tiago était en charge de l'encre : il la portait dans une outre en peau de bouc. Gino devait calligraphier la phrase en écoutant psalmodier Tiago. Ces deux garçons n'avaient pas froid aux yeux. Ils n'étaient pas seulement rompus aux arts occultes. Ils savaient aussi s'introduire subrepticement en tout lieu et, s'il le fallait, tuer en silence à mains nues.

 Mirakle 07 mai 2008 Envoie un message √† Mirakle Voir le profil de Mirakle
A l'aurore, le châtelain se réveilla en nage, littéralement englué dans ses draps. La nuit ne lui avait apporté que des cauchemars, des rêves dénaturés et des images vivaces de mort. Il se sentait fatigué et sans énergie. Il eut même du mal à reconnaitre sa chambre. Lentement, il s'extirpa des damas de son lit puis entreprit de se lever pour aller satisfaire un besoin naturel. La tête lui tournait. Ses yeux éprouvaient de grande difficulté face à la lumière naissante du jour. Il fit deux pas de vieillard qui le conduisirent à s'étaler de tout son long sur le sol glacé. Il ne se releva pas.

La châtelain avait une réputation d'autorité qui effrayait jusqu'à ses domestiques. Si bien que vaguement inquiets de ne pas voir leur maitre levé de toute la matinée, ils ne vinrent prendre des nouvelles que vers les abords de midi. Lorsque le majordome découvrit le corps de son maitre, il poussa une exclamation. Sidéré sur le pas de porte, il n'osait aller au chevet du châtelain. Cherchant du regard une aide potentielle, ses yeux s'arrêtèrent sur le mur nord de la chambre, celui du côté de la tête de lit. Dans une langue inconnue, une série de caractères carmins ornaient l'intégralité de la paroi : du sol au plafond. Nulle doute doute qu'il avait fallu plusieurs heures pour réaliser pareil exploit.

 Dielorelei 08 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Le majordome se signa précipitamment, car il voyait là l'oeuvre du malin.
Puis, faisant demi-tour, il redescendit le vaste escalier de pierres et ouvrit brutalement la porte de l'office:
-le Maître...Le Maître...dit-il en s'appuyant contre le mur, tout retourné.
-Quoi, le Maître, qu'avons nous encore fait qui n'ait eu l'heur de lui plaire, bougonna sa femme qui était aussi l'intendante du château, mais te voilà tout pâle, Simon, c'est donc si grave?
-Grave, oui, il est étalé raide mort dans sa chambre!
-Raide mort? C'est pas Dieu possible!
-Comme je te le dis, et les murs sont couverts de signes étranges, comme si le diable y avait mis la patte!
-Eh bien ça devait arriver tôt ou tard, avec la mauvaise nature de notre Maître, il aura pactisé avec Satan et ce dernier sera venu chercher son du!
Et l'intendante se signa derechef.
-En attendant, il faut prévenir son épouse, Dame Gisèle, en voilà une, la pauvre, qui va se trouver bien soulagée!
Ce fut tout l'éloge funèbre que reçut le châtelain Gilles de Lonzac, qui, étendu sur le sol glacé de sa chambre, venait de payer de sa vie l'acte odieux -un de trop- qu'il avait commis en déflorant une innocente.
Le plus étrange dans cette affaire fut qu'on ne put jamais effacer les caractères maudits. On eut beau frotter, lessiver, et frotter de nouveau, les runes étaient toujours là, indélébiles, témoins et instruments de vengeance de l'ignominie de Gilles de Lonzac.
Sa veuve fit condamner la pièce, les caractères souillant les murs lui donnaient la chair de poule. Puis, à sa mort le château fut vendu, aucun héritier direct n'étant là pour perpétuer la lignée.
Et actuellement, ces marques existent toujours, les années n'ont pu les effacer, comme si, par delà le temps, perdurait l'avertissement maudit:
"Celui qui s'attaque à l'honneur des gitans devra en payer le prix"
Et une fois encore, je comtemplais ces témoins du passé, et je ne pouvais m'empêcher de me sentir troublé: Et si la malédiction frappait de nouveau? Quelle serait la prochaine victime?
Et bien que je me flattais d'avoir l'esprit cartésien, quelque chose de malfaisant dans l'air me fit écourter la visite , et je quittai la chambre au plus vite.
Quand je sortis dans le soleil, l'impression oppressante s'atténua. Je me dirigeai vers le village, et décidai de couper à travers champs pour aller plus vite. J'étais presqu'arrivé quand soudain, je ralentis le pas malgré moi: On entendait, se mêlant au chant des cigales, les accords lancinants d'une guitare. J'avançai encore, et au détour du chemin, je les vis.
Les gitans.
Ils venaient d'installer leur camp à l'entrée du village.

 Dielorelei 09 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Trop tard pour faire demi-tour. Et d'ailleurs, pourquoi aurais-je rebroussé chemin, je n'étais pas de la région, donc la malédiction ne me concernait pas. Subitement, je me rendis compte que je raisonnais comme une vieille femme superstitieuse. Les gitans étaient là, bon, et alors? peut-être se rendaient-ils aux Sainte Marie de la Mer, après tout, le rassemblement avait lieu en Camargue, à la fin du mois de mai, c'était leur route.
J'avais beau réfléchir de façon rationnelle, j'évitai de passer trop près du campement. Je n'avais pas envie d'être suivi par de farouches yeux sombres. Seul un chien attaché à un piquet me regarda passer: le reste de la tribu était invisible.
Quand j'arrivai à l'auberge où je prenais mes repas les trois quarts du temps, je fus accueilli, contrairement aux autres jours, par la patronne, la jeune serveuse qui prenait ma commande habituellement étant occupée à servir un autre client.
-Vous avez vu, me souffla la propriétaire de l'auberge, "ils" sont revenus!
-Vous voulez parler des gitans, dis-je en pensant que rien ne passait inaperçu dans le village.
-Oui, et c'est pas de bon augure, croyez-moi!
-Bah! ils vont sûrement repartir bientôt pour leur pélerinage, le village est sur leur chemin, ils font une halte!
-Oh! fit la patronne d'un ton sentencieux, mon instinc ne me trompe jamais, je vous dit que leur arrivée ici est source de malheur, vous pouvez en être certain. Et pourquoi cette année, un siècle après le drame du château maudit, un siècle, oui, Monsieur, jour pour jour! Un siècle, martela -t-elle comme si je n'avais pas compris. C'est drôle, vous ne trouvez pas?
Et sans attendre ma réponse, elle enchaîna:
-Je vous recommande mon lapin en gibelotte, une merveille!
-Va pour le lapin, je vous fais confiance! Maryse est occupée, aujourd'hui, ajoutai-je pour dire quelque chose.
-Oui, un nouveau client, il est arrivé hier soir. Et avec le lapin, un petit vin rouge, la cuvée du patron, comme d'habitude!
-Comme d'habitude.
En attendant le fameux lapin, j'observai les rares clients qui déjeunaient.
Maryse frétillait devant le nouveau venu, prenant des poses, rejetant une mèche de cheveux par-ci, papillonnant des cils par-là, manifestement subjuguée.
Il faut dire qu'il était bel homme: blond, bronzé, les yeux bleus et le sourire ravageur des pubs pour dentifrice. Conscient de son charme, il en rajoutait, en habitué de la drague facile.
Bref le genre de bellâtre que je n'aimais pas.
Maryse finit par rejoindre les cuisines en se tortillant, et je constatai, amusé, qu'elle n'avait même pas remarqué ma présence.
Je déjeunai rapidement, règlai l'addition et repris ma veste au porte-manteau. Dehors, le soleil commençait à chauffer et je mis mes lunettes de soleil pour l'affronter. Je me dirigeai à pas lents vers la petite place du village quand une voix retentit derrière moi:
-Vous n'êtes pas d'ici, n'est-ce pas? non, vous n'êtes pas d'ici, ça se voit tout de suite.
Je me retournai et considérai l'intrus. Seule ma bonne éducation m'empêcha de lui tourner le dos.
-Je me présente, continua celui qui venait de déjeuner à l'auberge en même temps que moi et qui avait tourneboulé Maryse, Raoul de Lonzac, de passage pour quelques jours dans cette belle région.
Raoul de Lonzac? du coup, j'oubliai mes a priori et serrant machinalement la main tendue, je déclinai mon identité à mon tour.
-Johanes Muller.
-Allemand?
-Autrichien par mon père, français par ma mère. Etes-vous de la famille du baron de Lonzac?
-Celui par qui le scandale est arrivé? oui, c'est un arrière-arrière-arrière grand-oncle, un sacré gaillard, à ce qu'on en disait, fit-il en éclatant de rire.
-Il est à l'origine de la malédiction des gitans, rétorquai-je pour le mettre mal à l'aise.
-Non, mais vous n'allez pas croire ces sornettes! s'esclaffa-t-il de plus belle, j'ai d'ailleurs hâte d'aller visiter le château, on dit que la vue est superbe, de là-haut! Et j'avoue que je suis curieux d'examiner les gribouillis de la fameuse chambre!
-Vous êtes au courant, alors?
-Bien sûr, je connais mon arbre généalogique! Mais ce n'est qu'une légende, vous savez! Rien qu'une légende! Ah c'est vrai que vous autres, Autrichiens êtes d'incurables romantiques, et que quelques graffitis sur un mur vous ouvrent des perspectives angoissantes sur le monde des forces occultes!
-Rien de tout ça, répliquai-je d'un ton un peu trop sec, mais il vous sera peut-être utile de savoir que les gitans sont revenus, et que leur retour coïncide avec votre arrivée. Vous devriez vous méfier. La "légende" comme vous dites, aurait déjà fait des victimes au cours de ces décennies!
Il me considéra d'un air moqueur.
-Et vous me dites cela sérieusement! Allons, accompagnez moi plutôt dans ma visite du château de mes ancêtres, vous serez témoin que je ne tomberai pas raide devant la malédiction!
Je ne sais trop pourquoi j'acceptai, et nous retournâmes à ce fameux château, mon voisin bavardant allègrement de tout et de rien, ne semblant pas remarquer mon mutisme.
Quand nous passames devant le campement, il trouva moyen de me dire en désignant une jeune fille qui étendait du linge sur un fil tendu entre deux piquets:
-Si la fille de la légende était aussi belle que cette petite Esméralda, je comprends mieux mon célèbre baron de Lonzac!
Je ne sais si la jeune gitane l'entendit, mais j'eus l'impression qu'un regard noir se posait sur nous et ne nous quitta pas jusqu'à ce que nous soyons hors de vue.
Quand nous atteignimes le château, la visite était sur le point de commencer. Nous nous mêlames aux visiteurs et bon gré mal gré, je refis le parcours du matin.
Arrivé devant la porte de la chambre aux graffitis, le guide ménagea le suspense en observant un petit silence avant de nous décrire avec force détails ce qui s'était passé voici un siècle. Il insista sur l'aspect ésotérique des évènements, nous recommandant de contempler les
signes cabalistiques avec crainte et respect -on ne sait jamais- tandis que Raoul de Lonzac, l'oeil goguenard, examinait de près les runes vieux de cent ans. Je m'attendais à ce qu'il avise la cantonade de son origine maudite, histoire de pimenter la visite, mais il n'en fit rien. Il se contenta de hocher la tête de temps à autre, comme s'il déplorait la crédulité du guide, qui, grisé par l'attention de son auditoire -les gens raffolent de l'étrange- rajouta des détails de son cru, n'hésitant pas à embellir encore la légende:
-Et c'est là, termina notre guide avec le geste du prestidigitateur qui montre la femme coupée en deux, c'est là, à cet endroit même, que l'on retrouva le baron, les yeux exorbités, la mâchoire pendante, étendu sur le sol, les mains cripées autour de son cou, à l'endroit même où vous êtes, Madame, mort, après une épouvantable agonie!
La dame mis en cause se hâta de reculer tandis que le narrateur, comme s'il voulait nous persuader qu'il avait été le spectateur privilégié de la scène, regardait chacun d'entre nous, guettant la peur sur nos visages.
Je ne m'étonnais plus qu'au cours des années, la rumeur ait enflé aussi démesurément.
Cependant, il y avait, je le pressentais, un fond de vérité à cette histoire, et je ne croyais pas au hasard de l'arrivée simultanée des gitans et de Raoul de Lonzac. Et il y avait toujours cette impressions désagréable que je ressentais dans la chambre
Lorsque la visite guidée prit fin, Raoul me dit, tandis que nous ressortions:
-Eh bien, vous voyez, j'ai traversé l'épreuve sans dommage apparent!
"Pour l'instant", pensai-je, "et si j'étais toi, je m'éloignerais de ce village, avant que l'histoire ne recommence!"
Mais je savais qu'on ne s'oppose pas à son destin. Et je me demandai confusément si les évènements, au-delà du temps, n'allaient pas se répéter, et s'il existait un moyen de conjurer le sort, et de mettre un terme à la malédiction. C'est alors que je décidai (allez savoir pourquoi) de me renseigner de façon plus approfondie sur ce qui s'était passé au village de Lamurge au début du siècle. Je voulais tout connaître de l'histoire du château, et je voulais savoir aussi ce qu'il était advenu de la tribu des gitans, et plus particulièrement de la petite bohémienne.
Et je me demandai aussi comment commencer mes recherches. Mais la première chose à faire, puisque la providence avait mis sur mon chemin Roul de Lonzac, n'était-il pas de tirer le maximum de renseignements de ce dernier?
C'est ce que je décidai de faire, et passant outre le peu de sympathie qu'il m'inspirait, je lui proposai de descendre jusqu'à la ville la plus proche, histoire de se rafraîchir.
-Ma voiture est garée tout près de l'église, lui dis-je, et puisque vous êtes de passage pour quelques jours, permettez que je vous fasse visiter certains coins absolument charmants!
Il acquiessa, apparemment enchanté d'avoir trouvé quelqu'un pour lui tenir compagnie, et tout en réfléchissant à la façon dont j'allais m'y prendre pour l'amener aux confidences, nous redescendimes au village.

 Dielorelei 10 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Tandis que nous roulions sur la petite route sinueuse, encaissée entre les collines où s'étalaient toutes les teintes tendres du printemps, je l'amenai au sujet qui me préoccupait.
-Alors, votre impression sur le château?
-Il est tel que je l'imaginais, me répondit-il, et tel que le décrit l'historien qui s'est intéressé à l'histoire des Lonzac.
je dressai l'oreille.
-Un historien s'est penché sur l'histoire de votre famille?
-Il y avait de quoi, dit-il en riant, si vous saviez les personnages qui ont alimenté la chronique au cours des temps, il y a de quoi en faire un roman!
-Vraiment?
-Oh oui! à commencer par le célèbre Gilles de Lonzac! Un fieffé gaillard, celui-là! toujours à l'affut du moindre jupon, mais il faut dire, qu'il était affublé d'une épouse confite en dévotion et d'un frère qui était un véritable pisse-froid !
-Il avait un frère?
-Oui, mais je vais vous raconter tout ça devant un verre, c'est moi qui vous invite.
Je ne me fis pas prier et m'arrêtai devant le premier bar que je vis: je n'avais pas l'intention de laisser refroidir la mécanique, mais je m'aperçus rapidement qu'il faisait parti de ces incorrigibles bavards qui se grisent de leurs propres paroles et, à peine attablé devant une bière bien fraîche, il commença le récit que j'avais si hâte d'entendre.
-Voyez-vous, me dit-il en préambule, le plus drôle, c'est qu'une fois sur deux, parmi mes ancêtres, on tombe soit sur une Messaline, soit sur un débauché.
Là, il s'arrêta un instant, comme s'il trouvait que descendre de tels trublions malfaisants forçait l'admiration. Il secoua la tête, amusé, et poursuivit son récit:
-Gilles de Lonzac, à l'origine de la légende, n'eut pas de descendance, sa femme étant ou stérile, ou peu portée sur la chose. Ce qui, entre nous, me paraît le plus vraissemblable. Le frère de ce Gilles, Guillaume de Lonzac, était par contre lugubre, mais avait épousé, on se sait par quelle ironie du sort, une véritable diablesse qui épuisait tous les mâles qu'elle mettait dans son lit. De leur union naquit un fils, Raoul, qui hérita du tempérament de l'oncle Gilles, ou bien de celui de sa mère, ou encore des deux. Je vous laisse supposer les méfaits dont se rendit coupable ce dernier. Le mariage qu'on lui imposa (il avait mis à mal la fille d'un nobliau quelconque) ne l'assagit pas. Sa femme finit par quitter la vie infernale que ce Raoul lui faisait mener: elle mourut en donnant le jour à un fils unique, Bertrand, qui s'ingénia à faire le désespoir de son père en voulant rentrer dans les ordres.
Ce qui était la pire des choses pour Raoul.
Celui-ci usa de tous les moyens pour le faire renoncer à prendre l'habit: il alla jusqu'à demander à une de ses maîtresse de séduire son fils , ce qu'elle fit à merveille. Le benêt se laissa subjuguer par les appas de la belle vénéneuse et troqua les délices du paradis futur pour les délices présents de la chair. Mal lui en prit: Il fut trompé de façon éhontée par celle qui devint sa femme et qui s'empressa de retourner à sa vie de débauche dès que cela fut possible. De leur union naquirent un fils et une fille, mais je ne suis pas sûr que Bertrand fut le géniteur: il faudrait plutôt chercher du côté de Raoul, entre autres. La fillette ne vécut pas très longtemps: elle quitta ce monde à l'âge de sept ans, et son père, rongé à la fois par le remord d'avoir trahi sa foi pour une gourgandine et par le chagrin d'avoir perdu sa fille suivit celle-ci dans la tombe quelque temps après.
Le fils survivant, Grégoire, ne démentit pas la renommée funeste des de Lonzac et vécut une vie dissolue, passant son temps à parcourir le monde, tandis que sa femme, résignée, élevait seule leur fils Gilles (deuxième du nom). C'est peut-être, d'ailleurs, ce que Grégoire a fait de mieux, en abandonnant femme et enfant, car celui-ci n'eut pas à subir l'influence paternelle et put grandir dans un environnement à peu près normal. Gilles épousa en première noces une fille de bonne famille qui mourut elle aussi en couches, lui laissant un garçon, Raoul, mon grand-père. Gilles eut la malencontreuse idée de se remarier pour donner une mère à Raoul, ce fut une erreur. Sa seconde femme, outre le fait qu'elle ne s'occupait pas de l'enfant collectionnait les coquins et buvait comme un trou. Raoul, dans cette situation, ne pouvait que mal tourner: un père dépassé par les évènements, une belle-mère alcoolique, ce qui fit que le petit Raoul fut élevé à la va-comme-je-te-pousse, c'est-à dire qu'il vira délinquant. Il fit d'ailleurs de la prison pour des vols sans importance, et bien qu'il tentat de se stabiliser en se mariant, il n'y réussit pas tout à fait. Je crois que ce qui lui arriva de mieux dans la vie fut la naissance de son fils Paul, mon père donc, qui mena une vie simple et tranquille, en compagnie de ma mère, une femme sans histoire.
Inutile de vous dire combien la vie, entre ces deux êtres, manquait de piment . Nous étions loin des turpitudes de mes aieuls.
Il s'interrompit un moment, les yeux dans le vague, comme s'il avait la nostalgie des frasques de certains de ses ancêtres
-Voilà, en résumé, la vie des de Lonzac. Ce fut le jour et la nuit en alternance. Quand un conjoint manifestait son appétit pour les joies de l'existence, l'autre faisait office d'éteignoir.
Je le regardais sans répondre: il avait une drôle de conception des "joies" de l'existence.
Si je comptais bien, Le Raoul actuel était le septième descendant des de Lonzac. Et si on s'en tenait à la façon cyclique dont étaient distribués les défauts et les qualités, il tombait fatalement dans la catégorie de ceux qui avaient écopé des défauts. Tous ceux qui s'étaient prénommés Raoul étaient corrompus. Et celui qui était assis en face de moi s'appelait Raoul. Ce qui renforçait ma théorie. Ce n'était pas le hasard qui l'avait fait revenir sur les lieux, mais le destin. Il était là pour que s'accomplisse, une fois de plus, la malédiction. Je posais la question qui me brûlait les lèvres:
-Et la petite gitane à l'origine de la malédiction, on sait ce qu'elle est devenue?
Il haussa les épaules.
-Seuls des gitans pourraient vous renseigner, à condition de retrouver des manouches ayant entendu parler d'une légende vieille d'un siècle. Comme vous le savez, leur tradition est purement orale. Je suppose qu'elle a été chassée du clan. Selon leurs coutumes, la virginité chez la femme non mariée est primordiale! Et elle avait apporté le déshonneur dans la tribu, selon eux. C'est aussi bête que ça.
"Aussi bête que ça".
La femme, pour lui, devait être un objet de plaisir. Rien de plus.

 Dielorelei 12 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Il s'interrompit pour allumer une cigarette, et j'en profitai pour l'observer Il était indéniablement beau, avec son allure de viking, et sa haute stature.
Il possédait ce je-ne-sait-quoi qui fait que toutes les femmes devaient tomber sous son charme sans s'en rendre compte.
-Vous savez, continua-t-il, vous devriez oublier toute cette histoire, ce n'est qu'une légende, après tout, et il y a une explication rationnelle à tout. Tenez, le fait que ce vieux brigand de Gilles ait été retrouvé mort: Je dirais qu'il a été victime d'une attaque après une nuit agitée en compagnie d'une fille. Il avait quarante cinq ans, mangeait comme quatre, sautait sur tout ce qui bouge -et c'était d'ailleurs le seul sport qu'il pratiquait- Il avait, avouez-le, le profil du candidat idéal à l'infarctus! Ceci dit, il avait choisi de vivre une vie courte et dense plutôt que longue et insipide, je peux parfaitement le comprendre.
-Mais les runes?
-Je ne suis pas sûr qu'il s'agisse de runes, ou alors, ce serait un salmigondis de runes et de caractères quelconques tracés dans le but d'effrayer les non-initiés, et sans signification particulière. Ces gribouillis sont censés faire passer un message ésotérique.
-Ils ont résisté au temps, cependant!
-Une substance colorée qui aura imprégné la pierre poreuse, et je ne suis pas persuadé qu'un bon coup de kärcher suivi d'une couche ou deux de peinture n'en viennent à bout! seulement, ce serait tordre le cou au folklore.
-Donc, vous ne croyez pas à la malédiction?
Il secoua la tête.
-Non, au risque de vous décevoir, je ne vois là rien de maléfique. Uniquement une légende comme on en raconte dans les villages. Ajoutez à cela l'arrivée des gens du voyage, et vous avez la trame parfaite pour un roman de série B. J'en vois d'ici le titre "la malédiction des gitans".
-Vous ne devriez pas prendre tout ça à la légère, fis-je remarquer, en tentant de le mettre en garde, ce qui, je le sentais, était inutile.
-Allons, ne me dites pas que vous ajoutez foi aux sornettes de vieilles bonnes femmes! Tout ça sont des contes à dormir debout.
J'abandonnai l'idée de le faire changer d'avis: il était de ces gens qui ont les pieds bien ancrés sur terre. J'oubliais que, moi aussi, il y a peu de temps, j'aurais ri si quelqu'un m'avait mis en garde contre les dangers d'une légende. Mais c'était avant que les coïncidences ne s'accumulent. Certes, ma profession me faisait voir le mystère partout (j'écrivais des polars qui, ma fois, se vendaient très bien) mais je ne pouvais nier cette impression de malaise ressenti dans la fameuse chambre du château.
Apparemment, Raoul y avait été insensible.
-Je vous redépose au village? dis-je en constatant, après avoir jeté un coup d'oeil à ma montre, que l'après-midi touchait à sa fin.
-Ce serait très aimable à vous, d'autant plus que j'ai un rendez-vous que je préférerais ne pas manquer, ce soir!
-Ah?
-Eh oui, la petite serveuse de l'auberge, j'ai promis de l'emmener faire un tour, vu que c'est sa soirée de libre, et que les distractions sont plutôt rares par ici!
-Maryse?
-Heu...oui, ce doit être ça, Maryse, je n'ai pas très bien fait attention à son prénom.
Eh bien, il ne perdait pas de temps. Mais c'était son affaire, et si la petite était consentante -en fait, elle me paraissait peu farouche- je ne voyais pas ce que j'aurais pu trouver à redire.
Nous remontâmes donc au village, et en chemin, je lui montrai quelques sites pittoresques que j'appréciais particulièrement, mais qui le laissèrent de marbre. Il s'intéressait par politesse, mais je sentais qu'il était d'avantage préoccupé par le programme de sa soirée -et de sa nuit- que par le charme bucolique de paysage que nous traversions.
Je le laissai à l'entrée du village où il devait récupérer son véhicule, et je me dirigeai vers l'auberge.
J'avais besoin de mettre mes pensées en ordre, et d'ajouter également un chapitre ou deux à mon livre actuellement en cours. Après tout, j'étais venu là pour me documenter sur la région qui devait servir de décor à mon histoire, et je ne tenais pas particulièrement à subir les foudres de mon éditeur qui me faisait régulièrement le décompte des jours qui me restaient avant de l'envoyer.

 Dielorelei 24 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Mais je ne fus pas particulièrement prolifique en cette fin d'après-midi, et plutôt que de rêvasser devant mon ordinateur, je redescendis dans la petite salle de l'auberge, dans l'intention d'y déguster un petit apéritif, et, accessoirement, tailler une bavette avec la patronne.
Celle-ci, occupée à dresser les tables, me demanda, avec son accent qui évoquait la garrigue:
-Alors, vous avez fait une belle ballade?
-Je suis retourné au château en compagnie de votre nouveau convive, il voulait voir la chambre maudite.
-Dites, vous ne devriez pas aller trop souvent dans ce château, il porte malheur, à ce qu'on dit, et il ne faut pas tenter le diable, croyez-moi!
A ce moment, la porte de l'auberge s'ouvrit et nous vîmes entrer une jeune gitane, portant deux grands bidons en plastique vides.
-Eh bien quand on parle du diable...maugréa tout bas la patronne, qui, d'un ton peu amène, demanda:
-Que voulez-vous?
-Bonjour, dit la jeune fille, pourriez-vous me remplir mes bidons d'eau, s'il-vous-plaît, c'est pour le repas de ce soir.
-Et quoi, encore? On ne donne pas d'eau, ici, allez en chercher à la rivière!
La jeune gitane resta un instant immobile, puis, sans dire un mot, ses bidons à bout de bras, fit demi-tour pour s'en aller. Elle était particulièrement belle, avec sa silhouette de tanagra, et quand elle passa devant moi, je pus voir de face son visage aux traits délicatement ciselés. Mais alors que je m'attendais à croiser un regard de braise, je reçu le choc d'un regard bleu azur, étincelant dans sa peau brunie par le soleil.
La porte se referma sur elle, et je la vis qui s'éloignait, sa jupe bariolée virevoltant autour de ses chevilles fines.
-Non, mais vous vous rendez compte, fit la patronne, le sans-gène de ces gens! On donne de l'eau aujourd'hui, et ils reviennent tous les jours! C'est voleur et compagnie, oui!
Je me gardais de répondre, ne tenant pas particulièrement à me faire une ennemie de mon hôtesse, mais je me demandai, tandis qu'elle continuait son monologue tout en faisant tinter les couverts, où la jeune gitane allait se procurer l'eau dont elle avait besoin.
A ma connaissance, je ne voyais que le gave, mais à cet endroit, il était , bien que réguler par des lacs, assez tumultueux avec ses cascades et ses torrents. Et je n'imaginais pas une jeune fille, presqu'encore une enfant, porter des bidons d'eau de la rivière au campement.
Au bout d'un moment, je me levai, et prétextant avoir oublié une course, je sortis à mon tour.
Le printemps était particulièrement chaud, cet année, et j'avais laissé ma veste sur le dossier de ma chaise.
Je décidai de prendre ma voiture, au cas où j'aurais du ramener la petite gitane et ses bidons, J'agissais sans réfléchir, tout en me disant que, si elle refusait de monter en voiture, elle pourrait au moins me laisser transporter son eau. Je refis le parcours qui menait à la rivière sans rencontrer âme qui vive, regardant de tous côtés pour tenter d'apercevoir une silhouette gracile, et j'arrêtai la voiture non loin du cours d'eau.
Le bruit de gave à cet endroit évoquait un peu le bruit d'une circulation intense, mais malgré tout, ce bruit restait apaisant, et en temps ordinaire, j'aimais venir y chercher l'inspiration.
Je regardai autour de moi: elle n'était peut-être pas venue là, mais je ne voyais pas où elle aurait pu puiser de l'eau ailleurs, c'était l'endroit le plus calme de la rivière, et le plus proche. Quand tout à coup, je vis, sur l'herbe de la berge, un bidon vide.
Saisi d'appréhension, je contournai les arbustes, redoutant le pire, quand je la vis, accrochée à une branche d'épineux, tentant de remonter sur la rive. Elle n'avait pas lâché son bidon et transie de froid, ne parvenait pas à sortir de l'eau.
J'allai lui tendre la main pour l'aider à remonter quand la branche céda et je vis la jeune fille s'éloigner du bord. Il n'y avait pas trente six solutions: encore quelques mètres et elle serait prise dans le courant. J'étais très bon nageur et je n'hésitais pas à enlever rapidement mes mocassins pour plonger. L'eau était glaciale, mais j'en avais l'habitude, étant un adepte des bains en toutes saisons. Je la saisis au moment où elle allait droit vers la cascade qui l'aurait noyée immanquablement. Apparemment, elle ne savait pas nager, et je dus lui maintenir la tête hors de l'eau tandis que je remontais la rivière, la remorquant jusqu'à ce que, l'eau étant plus calme, je pus atteindre le bord de la rive. Il s'agissait de remonter, maintenant, et ce ne fut pas le plus facile. Je parvins à agripper une saillie rocheuse, lui enlevai le bidon qu'elle n'avait pas lâché en le balançant sur l'herbe et lui demandai de se tenir à deux mains à la roche tandis que je remontai sur la berge. Puis je la tirai hors de l'eau. Nous étions trempés et transis. Elle claquait des dents et j'allai chercher un plaid dans la voiture, et l'en enveloppai.
Elle n'avait pas prononcé un mot, ce que j'attribuai au choc. Je lui dis que j'allai la ramener à son campement, quand elle me montra les bidons:
-Il faut ramener l'eau, s'il-vous-plaît, me dit-elle, c'est précieux, pour nous.
Je remplis ses fichus bidons et les mis dans le coffre arrière après les avoir fermées. Puis, au moment de monter en voiture, elle me regarda et me dit simplement:
-Merci.
Je répondis par un hochement de tête et démarrais. J'avais hâte de rentrer, je frissonnais dans mes vêtements mouillés et des petites rigoles d'eau se formaient sur le plancher de la voiture.
Revenir au campement fut l'affaire de quelques minutes. Mais au moment où je descendais de voiture pour lui ouvrir la portière, je vis s'avancer vers nous deux hommes -des gitans- jeunes et à l'allure peu engageante. Avant que j'ai pu dire quelque chose, la jeune fille alla au devant d'eux et leur parla dans une langue que j'assimilai à du hongrois, ou tout au moins à un pays de l'est, tout en me montant du doigt.
Le plus vieux des deux (il devait avoir trente ans alors que j'en donnais vingt environ à l'autre) vint vers moi et me fit signe de le suivre.
-Prenez les bidons d'eau, d'abord, dis-je en ouvrant mon coffre-après tout, c'était à cause d'eux si j'en étais là-ce que fit le gitan en saisissant les deux jerricans.
Puis encadré par les deux hommes, la jeune fille fermant la marche, je me dirigeai au coeur du campement.

 Dielorelei 29 mai 2008 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Je fus étonné à la vue des caravanes qui servaient au transport des gitans: certes, je ne m'attendais pas à voir les antiques roulottes tirées par des chevaux, mais ces verdines gitanes les faisaient revivre. Habillées de bleu et de blanc, le toit arrondi, elles étaient disposée en cercle autour d'une voiture un peu plus grande, à la porte de laquelle un des gitans frappa de façon particulière avant d'entrer seul dans le véhicule. Nous attendimes en silence et j'en profitai pour regarder autour de moi. Il n'y avait pas grande effervescence dans le camp: une femme, un foulard noué sur la tête, la jupe tombant jusqu'aux pieds étendait un drap au soleil. Non loin d'elle, un enfant jouait en silence. A ma connaissance, cette tribu devait faire parti des Roms. En effet, seuls les femmes de Roms continuent à porter ces longues jupes, et celles qui sont mariées cachent leur chevelure.
Mais je ne m'expliquais pas le regard d'azur de la petite gitane. J'avais déjà rencontré un tel regard. Et la similitude me faisait froid dans le dos.
Alors que le soleil s'évertuait à sécher nos vêtements -malgré tout, j'étais persuadé que le rhume serait inévitable- le jeune homme ressortit de la roulotte et nous fit signe d'entrer à notre tour.
Suivant la jeune fille, je pénétrai dans la verdine.
Assise dans un fauteuil à haut dossier, une vieille femme nous demanda d'approcher. Et bien que cette femme me parut aussi âgée que Mathusalem, sa voix ferme et nette me surprit. Elle était petite, du moins l'estimai-je en la voyant assise dans un fauteuil à haut dossier, frêle et ridée comme une pomme desséchée au soleil. Mille rides creusaient son visage tanné par des années et des années passées à sillonner les routes, mais quand je croisai son regard bleu, vif et pénétrant, je reçus mon second choc: le même regard que la petite gitane, fier, étincelant et qui ne devait pas souvent baisser sa garde.
Autour de son cou brillait un grand collier de pièces d'or, qui devait être le trésor de la tribu. Manifestement j'avais devant moi le chef du clan.
-Tu as sauvé ma petite-fille, étranger, que Sarah la Noire te bénisse.
Sarah. La Sainte Patronne des gitans. Leur Patronne.
-Personne ne laisserait quelqu'un se noyer sans intervenir, dis-je, j'ai eu la chance d'arriver au bon moment. C'est tout .
S'adressant à la jeune fille qui se tenait un peu en retrait, la vieille gitane lui dit:
-Va enlever tes vêtements mouillés et rejoins nous ensuite.
La jeune fille obéit et disparut dans le fond de la caravane, derrière une porte coulissante.
-Assieds toi près de moi, étranger, et dis moi comment tu as su que ma petite Paprika était à la rivière.
Je lui racontai l'anecdote de l'auberge et comment j'avais décidé de partir au devant de la petite pour l'aider à ramener l'eau au campement.
-Je me suis dit qu'une frêle jeune fille aurait du mal à porter de lourds bidons d'eau, et je ne voyais qu'un endroit où elle pouvait les remplir. Manifestement, votre petite-fille a du trop se pencher et est tombée dans l'eau. Et la branche à laquelle elle s'est accrochée manquait de solidité.

 Dielorelei 02 juin 2008 à 23:40 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-Ce n'était pas prévu que Paprika aille à la rivière. Non, ce n'était pas prévu, répéta la vieille gitane. Sinon, un de ses frères l'aurait accompagnée. Elle devait seulement se rendre à l'auberge.
Quelque chose semblait tourmenter le chef de clan, et j'attendais qu'elle poursuive mais elle se tut.
-Vous avez les yeux bleus, dis-je avec la sensation d'avancer en terrain miné, c'est assez rare, même si l'on tient compte du brassage des populations.
-Dans notre cas, il n'y a eu aucun brassage de population, répliqua la vieille femme avec force. Ces yeux bleus sont un héritage maudit. Tu le sais, toi qui connais l'histoire du château.
Je me demandai comment elle pouvait être au courant de mes déplacements. Je réfléchissais à toute vitesse, soucieux de ne rien dire qui put fermer la porte qu'elle venait d'entrouvrir.
-Oui, je connais la légende du sinistre comte de Lonzac.
-Ce n'est pas une légende, oh non! c'est une histoire vieille de cent ans qui va bientôt trouver sa juste conclusion. Tu sais aussi, n'est-ce pas, que le dernier rejeton de cette branche est ici?
-Oui, j'ai parlé à Raoul de Lonzac, nous déjeunions tous deux à l'auberge.
-A l'auberge, ainsi c'était vrai, il était bien à l'auberge, il n'avait pas menti. Il ne ment jamais.
-Qui ne ment jamais?
Mais elle ne me répondit pas.
Elle secoua la tête, me permettant ainsi d'échapper au magnétisme de son regard. Puis, à brûle pourpoint, elle demanda:
-J'aimerais que tu partages notre repas, ce soir, acceptes tu?
J'avais conscience que refuser l'offenserait, et j'acquiesçai.
-Oui, et je vous remercie.
Ma réponse parut la satisfaire et elle continua, en désignant mes vêtements encore mouillés:
-J'imagine que ceci n'est pas confortable, et que tu as besoin de te changer. Quand tu reviendras, je te présenterai aux autres membres du clan.
Je compris qu'elle me congédiait et je me préparais à partir quand Paprika reparut avec le plaid qui avait servi à l'envelopper. Elle me le tendit sans un mot et le prenant, je leur dit:
-Le temps de repasser à l'auberge, et je serai de retour dans une heure environ.
-Le goulash sera prêt au coucher du soleil, nous t'attendons.
Et la grand mère de Paprika fit un petit signe de sa main aux doigts chargés de bagues.
Je pris congé des deux femmes et retournai à ma voiture. Les deux gitans qui m'avaient amené étaient là, adossés à une caravane. Ils me regardèrent démarrer, et dans mon rétro, je les vis qui me suivaient des yeux.
J'atteignis l'auberge en un temps record, pressé que j'étais de me débarrasser de mes vêtements plus qu'humides.
Comme je m'y attendais, la patronne, pourtant occupée à servir un couple d'estivants, ne rata pas mon entrée.
-Eh bien, on dirait que vous avez pris un bain tout habillé!
Ce qui attira sur moi l'attention de tous les autres convives.
Je n'avais pas l'intention de m'étendre sur mon aventure, encore moins sur ma visite au camps, et tout en grimpant l'escalier pour échapper à son oeil de lynx et à ses commentaires, je me contentai de répondre que j'avais glissé sur la berge, et que je n'allais pas dîner.
Arrivé dans ma chambre je me déshabillais rapidement, pris une douche et enfilais des vêtements secs.
Je me sentais mieux mais je ne pouvais pas arrêter le carrousel des questions sans réponses qui tournait dans ma tête.
Le soleil déclinait quand je ressortis dans la tiédeur du mois de mai. Je me heurtai à la patronne qui sortait une poubelle.
-Je n'ai rien voulu dire tout à l'heure rapport à la clientèle, chuchota-t-elle, mais votre baignade n'était peut-être pas tout à fait accidentelle!
-Comment ça?
-La malédiction, monsieur, la malédiction!
-Mais non, j'ai glissé sur l'herbe mouillée en voulant attraper une truite -enfin ce que je croyais être une truite- et je suis tombé à l'eau, rien de grave!
J'avais conscience de dire n'importe quoi, et je mis fin à mes élucubrations en lui souhaitant une bonne nuit.
Elle me regarda monter en voiture, peu convaincue, et j'actionnai le démarreur.
En roulant en direction du camps, je me rendis compte que j'avais mis le doigt dans un engrenage infernal.
Mais je me rendais compte également, bien que la raison m'en échappât, que j'étais décidé à aller jusqu'au bout.

 Dielorelei 03 juin 2008 à 21:03 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Quand j'arrivai au camp, je vis les femmes en train de dresser les tables: En l'occurrence il s'agissait de plateaux posés sur des tréteaux, ce qui m'indiqua que tout le clan participerait aux agapes. Chez les gitans, on ne laisse personne de côté.
Le fumet des viandes qui cuisaient chatouilla mes narines, et je m'avançai vers la vieille gitane qui, assise au pied de sa verdine, avait rassemblé autour d'elles tous les mâles de la tribu.
Elle m'attendait, et me présenta aux hommes comme celui qui avait sauvé sa petite fille. Je fis ainsi connaissance de Laszlo, le frère aîné de Paprika, de Kore, le second frère, des oncles et des cousins, et tous me remerciaient d'avoir préservé la jeune fille de la noyade. J'étais un peu étonné que ce simple sauvetage prenne autant d'importance, mais je ne m'attardai pas sur la chose, occupé que j'étais à essayer de retenir les noms des hommes qui me serraient la main. Puis vint le tour de Milosh qui s'avéra être le fiancé de Paprika. C'était un beau jeune homme aux cheveux noirs et brillants, à la silhouette fine et au regard de braise. Assurément, Paprika et lui formaient un très beau couple, tous deux fiers et gracieux comme seuls le sont les gitans de race pure. Puis on me présenta aux autres femmes de la tribu. J'appris que la vieille gitane s'appelait Kalia, et je dus encore une fois faire un effort de mémoire pour retenir les prénoms des belles-soeurs, tantes, et cousines. La tribu comptait environ une trentaine de membres, mais Kalia, la grand-mère de Paprika, prit soin de me préciser que le reste du clan était resté en Hongrie, la tribu présente n'étant là que dans un but bien précis. Je ne relevai pas l'allusion, sachant que la gitane m'en dirait davantage quand elle jugerait le moment opportun.
Sur un signe de Kalia, Laszlo et Kore menèrent la vieille femme jusqu'à la table et on m'attribua une place à côté d'elle.
-Et quel est ton nom, étranger, demanda la gitane en se tournant vers moi.
-Johannes.
Alors elle leva son verre qu'une jeune femme venait de remplir et le silence se fit autour de la table.
-Levons nos verres à Johannes, à celui qui a croisé notre route. Sa présence parmi nous était écrite. Que le destin s'accomplisse grâce à lui.
-Que le destin s'accomplisse, reprirent tous les gitans d'une même voix, en levant leurs verres.
Je ressentis une impression d'irréalité, comme si j'avais été transporté dans un autre temps, au coeur d'évènements que je ne maîtrisais pas, et cette impression dura tout au long du repas qui par ailleurs était excellent. On avait commencé par une soupe de poulet et de légumes, et nous en étions au goulash que l'on me servit avec des haricots blancs. A mesure que le temps passait et que les verres se remplissaient, je remarquai que les esprits s'échauffaient un peu. Je prenais soin de laisser mon verre plein car je ne tenais nullement à perdre tout contrôle, chose que ne manqua pas de remarquer Kalia.
-Tu ne bois pas, Johannes, dit-elle, et il y avait dans son intonation quelque chose d'approbateur.
-Je n'aime pas boire, dis-je, et je n'ai pas l'habitude.
-C'est la fête, ce soir, poursuivit-elle, chacun est heureux de savoir que Paprika est saine et sauve. Chez nous, nous aimons la fête, bien que, en ce moment, nous ne sacrifions pas aussi souvent à la tradition des réjouissances.
Et tandis qu'arrivaient les galettes de maïs avec la confiture de prunes,elle ordonna qu'on allumât un feu.
-Ce soir, en ton honneur,Milosh va prendre son violon.
Le feu jaillit bientôt, haut et clair, projetant les ombres mouvantes des gitans qui maintenant s'étaient levés tandis que Milosh, le violon calé sous son menton, entamait une mélodie lancinante, qui évoquait la vie difficile, le chagrin, l'amour et la mort. Sa virtuosité était étonnante et unique, et je sentis un frisson parcourir mon échine en écoutant cette musique tzigane exceptionnelle.
-D'habitude, les gitans dansent à la lumière du feu sur la musique des violons, me dit la vieille femme, mais pas en ce moment, non, pas en ce moment. Nous danserons de nouveau, mais plus tard. Pour l'instant, j'ai besoin de te parler, accompagne moi jusqu'à ma caravane.
J'aidai Kalia à se mettre debout et je la conduisis à sa roulotte.
-Le moment est venu de te conter l'histoire de Salomé, dit Kalia, et je ne voudrais pas que tu rentres à l'aube.
-Salomé?
-La victime du comte de Lonzac. Tu vas tout savoir.

 Dielorelei 07 juin 2008 à 23:29 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-Fais nous un peu de thé, la bouilloire est là et le thé est dans cette boîte. Et viens t'asseoir près de moi, dit Kalia en s'installant sur le canapé qui faisait face à une télévision.
Je m'exécutai et tandis que le breuvage infusait, la vieille gitane se mit à égrener ses souvenirs.
-la nuit où les gitans se sont arrêtés au château était une sombre nuit d'hiver. La tribu avait fait une longue route, et les chevaux, fourbus, ne demandaient qu'à se reposer.
Mais ils auraient mieux fait de poursuivre leur chemin. Vois tu, Salomé était issue de la septième génération des roms Tsiganes, et à ce titre, elle était "l'élue". C'est-à-dire qu'elle possédait les trois dons: celui de guérir, celui de voir l'avenir et celui de lire dans les coeurs. Pour elle, il n'y avait ni temps ni espace, elle soignait les gens et les bêtes, et nul ne pouvait lui mentir sans qu'elle le sache. Mais ces dons n'étaient réunis que toute les sept générations. Et ce monstre, par son acte odieux, modifia le cours de sa destinée, de notre destinée à tous.
Après ce qui s'était passé-le rite magique qui provoqua la mort du comte- le clan ne pouvait que s'enfuir.
Les gitans décidèrent de regagner la Hongrie pour se mettre sous la protection de György, le roi du clan des roms tsiganes de Hongrie.
Kalia s'interrompit et but un peu de thé. Puis elle continua son récit.
-Ils sont arrivés au printemps au village de Kisilova où résidait György. Et là, Salomé s'aperçut qu'elle attendait un enfant. L'enfant du comte de Lonzac. Imagine son désespoir. Elle s'accusait d'avoir jeté l'opprobre sur le clan, bien que personne n'envisageât de la bannir. György, qui était au courant de la prophétie, arrangea les chose: il la donna pour épouse à son fils cadet, afin que l'enfant ne fut pas considéré comme un bâtard, et pour tenter de renouer le fil du destin. Salomé mit au monde une petite fille aux yeux bleus, et on ne tarda pas à voir, dans la main du nourrisson, l'étoile à cinq branches qui était le signe de sa prédestination.
Par la suite, toutes les descendantes de salomé eurent cette étoile à cinq branches inscrite dans la main, et toutes eurent les yeux bleus. Mais nous ne possédions pas pour autant les trois dons: nous savions seulement lire l'avenir dans le tarot des gitans. Paprika, étant la septième, verra les trois dons révélés le jour de ses seize ans. Et l'on dit que, lorsque tout sera accompli, la prochaine lignée retrouvera les yeux noirs de notre race.
La vieille gitane se tut un instant. Je ne l'avais pas interrompue, même si certaines choses me semblaient tenir du domaine de l'imagination.
-Regarde, étranger, dit-elle en me tendant sa main paume ouverte, regarde l'étoile, elle est là, comme elle est dans la main de ma petite fille.
Et je vis, imprimée sur la ligne de vie, nettement dessinée, une étoile, tel le pentacle du roi Salomon.
-Et toi, johannes, toi le gadjo, le tarot des gitans m'avait prévenu de ton passage dans notre destin.
Et elle me montra un paquet entouré de tissu violet d'où elle sortit un vieux tarot gitan.
-Tu est sorti avec le Zahori, celui qui permet un nouveau départ, me dit-elle, et le Georges vert-l'énergie- t'accompagnait.
J'avoue que c'était de l'hébreu, pour moi, car je n'avais aucune connaissance de la significations des lames du tarot, fut-il gitan ou de Marseille.
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 Dielorelei 29 juillet 2008 à 23:20 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
J'étais un peu mal à l'aise, face à Kalia qui se complaisait à parler par énigmes.
Aussi, je prétextai qu'il était tard et que je devais travailler encore un peu à mon livre pour prendre congé.
-Tu reviendras, dit la vieille gitane en se levant péniblement, je le sais. Que ta nuit soit bonne.
En sortant de la verdine, je vis que les gitans, assis près d'un feu, écoutaient toujours le violon de Milosh.
J'allais monter dans ma voiture quand une ombre se dressa devant moi.
-Je voulais te remercier encore pour avoir sauvé ma soeur. Au nom de tous les miens.
-De rien, Lazlo, tout le monde en aurait fait autant.
Il eut un petit rire:
-Pas tout le monde, non, et certains auraient même profité de la situation.
Encore ces paroles à double sens.
-On se reverra sûrement au village, dis-je pour couper court.
-Sûrement, oui.
Et il disparut dans la nuit, sans bruit.
Je roulais vers l'auberge en me demandant si je pourrais entrer sans me faire remarquer. Certes, j'avais une clé, comme tous ceux qui avaient une chambre, et ils étaient relativement peu nombreux, mais j'aspirais à un peu de calme, et je ne me sentais pas l'envie de tailler une bavette à une heure du matin.
Je descendais de mon véhicule quand une autre voiture s'arrêta en freinant sec. Je n'avais pas besoin de me retourner pour savoir qui arrivait. Une présence dont je me serais bien passé.
-Alors, on regagne sa chambre à cette heure tardive?
-Tout comme vous, répondis-je à Raoul de Lonzac. J'aurais cru que vous seriez rentré plus tard, puisque vous étiez en bonne compagnie.
-Je ne savais plus quoi lui dire, rétorqua-t-il, et sa conversation est plus limitée que ses charmes! Et puis, ce n'est pas le genre auprès de qui on s'attarde, vous savez!
Je ne répondis pas à cette muflerie, et m'apprêtai à rentrer.
-Dites, me demanda-t-il en me rejoignant à la porte, vous n'avez pas entendu de la musique en passant près du campement des roms?
-Non, je ne devais pas faire attention, mentis-je en maudissant intérieurement le trublion.
-J'irais bien faire un tour de leur côté, moi, poursuivit de Lonzac sans tenir compte de mon ton un peu sec, il paraît que les femmes sont assez belles!
-Je vous conseille de vous tenir à l'écart de ces gens, dis-je, ils ne voient pas les étrangers d'un très bon oeil!
-Et comment le savez-vous?
-Je ne le sais pas, je le suppose, dis-je énervé, tout le monde sait que les gitans forment un clan à part!

 Dielorelei 07 novembre 2008 à 20:53 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-Balivernes, que tout cela, dit De Lonzac en marchant à côté de moi tandis que je montais les marches, une femme reste une femme, et je suis sûre qu'un peu d'exotisme ne serait pas pour leur déplaire.
-Vous cherchez vraiment les ennuis, dis-je en baissant la voix pour ne pas éveiller les rares occupants de l'auberge.
L'exemple de votre aieul n'est-il pas suffisant?
-De grâce, enterrez une fois pour toutes cette vieille légende!
-En tout cas, je vous aurai prévenu: encore une fois, restez hors de portée de ces gens, ils ne vous attireront que des ennuis.
-Dans ma famille, nous n'avons jamais reculé devant les difficultés, mon cher, au contraire, elles pimentent notre quotidien. Mais vous ne pouvez pas comprendre: les aventures, vous les vivez à travers vos personnages, vous ne savez pas ce que ça donnerait dans la réalité!
Et sur cette flêche, avec un petit rire, il referma la porte de sa chambre.
Je jetai mon veston sur mon lit et comtemplai, morose, mon ordinateur: aurai-je ou non la tête à écrire un chapître supplémentaire?
Je décidai que non. Mais trop préoccupé pour dormir, j'ouvris la fenêtre pour contempler la nuit calme et le ciel ponctué d'étoiles. Un vent léger faisait frémir la cime des arbres, et m'apportais le parfum des fleurs printanières. Jamais le mois de mai n'avait été aussi beau et aussi chaud que cette année là. Tout me paraissait si serein que j'avais du mal à imaginer qu'à tout moment, le drame pouvait survenir.
Car il couvait, j'en étais sûr. Je le pressentais avec une acuité presque douloureuse.
Mais que pouvais-je faire, en dehors de rester neutre?
Je suspectais les gitans de vouloir m'utiliser pour assouvir leur vengeance. C'est à travers moi qu'ils espéraient atteindre De Lonzac. Et ce crétin ne voyait rien venir, avec son égo démesuré, il n'imaginait même pas que l'on put attenter à ses jours.
Les gitans me faisaient peur. La voix de la vieille femme Kalia résonnait encore dans ma tête.
"Tu reviendras, je le sais" avait-elle dit.
S'il n'y avait eu que moi, non, je ne serais pas revenu. Mais si je pouvais arrêter le cours des choses, il me fallait attendre.
Mais peut-on arrêter le destin?

 Dielorelei 03 juin 2009 à 19:04 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
Mon sommeil, cette nuit-là fut agité, rempli de songes qui confinaient au cauchemar. Je m'éveillai tôt et descendis prendre mon petit déjeuner dans la salle à manger encore déserte. Je fus étonné de voir que la patronne officiait seule, et je lui demandai où était Maryse.
-Allez savoir, elle n'est pas encore arrivée, je suppose qu'elle a du s'endormir! Faut dire que c'était sa soirée de congé, hier, et elle a du faire la fête! C'est de son âge, vous me direz, mais enfin, elle devrait savoir que ce n'est pas le travail qui manque, ici!
-Je ne l'ai jamais vu en retard, depuis que je suis là!
-Eh non! et c'est pour ça que je passe l'éponge. Il n'empêche, si dans une heure elle n'est pas là, je téléphone, moi! Après tout, elle est peut-être malade!
-Peut-être, dis-je en prenant un journal et en me plongeant dedans en espérant que mon hôtesse allait se taire.
Ce fut peine perdu.
-Et vous, vous n'êtes pas rentré de bonne heure non plus, hé! je vous est entendu cette nuit -ou plutôt ce matin- mais avec qui étiez vous donc, que vous avez jacassé à m'en réveiller?
-Si je vous est réveillée, je vous prie de m'en excuser, répondis-je n'ai pourtant pas eu l'impression de parler fort?
-Oh! ce n'est pas tellement ça, mais vous savez, j'ai le sommeil léger, et la nuit, les bruits sont multipliés par dix!
-J'étais seul, mais un de vos pensionnaire est rentré en même temps que moi, et nous avons échangé quelques mots avant de nous quitter.
-J'ai reconnu votre voix à cause de votre très léger accent, j'ai l'oreille, vous savez!
Tout en parlant elle disposait les croissants, le pot de café et le lait sur la table.
-Prendrez-vous un jus d'orange?
-Je vous remercie, non, j'ai du mal à digérer le jus d'orange le matin.
-C'est à cause de l'acidité, dit la brave femme d'un ton sentencieux. Remarquez, c'est une habitude d'outre-manche! Moi, j'ai toujours pris un petit déjeuner de café -noir, hein le café- de pain et de confiture. Je les fais moi-même mes confitures. Je vous donnerai un pot, si vous voulez.
-Ce sera avec plaisir, dis-je, priant le ciel pour qu'elle se taise.
-C'est pas tout ça, moi, je téléphone. C'est pas normal que Maryse ne soit pas encore là.
Je la vis avec soulagement quitter la salle et me mis à lire tranquillement le journal.
Pas pour longtemps.
-Elle ne répond pas, m'annonça mon hôtesse en revenant.
-Elle est peut-être en chemin, dis-je, patientons encore un peu. Elle habite loin d'ici?
-Loin, non, à La Murge même, elle loue un petit studio non loin du château, elle en a pour vingt minutes à pied, sans forcer.
-Alors attendons vingt minutes, après nous aviserons.
-Quand même, ça ne lui ressemble pas, ça!
Je me replongeais dans mon quotidien sans plus m'inquiéter: Ce ne serait pas la première fois qu'une jeunette, après une nuit mouvementée, aurait une panne d'oreiller.
La patronne n'arrêtait pas de tournicoter, et au bout d'un moment, elle finit par me dire:
-Les vingt minutes sont passées, là, dites, monsieur, si je puis me permettre, vous ne voudriez pas faire un saut jusqu'à chez Maryse, histoire de voir si tout va bien?
-Téléphonez de nouveau, dis-je, en soupirant intérieurement, et si vous n'avez toujours pas de réponse, je vais y aller.
-Non, parce que vous comprenez, je ne peux pas partir et laisser l'auberge comme ça, avec les clients qui vont se lever et réclamer leur petit-déjeuner! Je retourne téléphoner.
Elle revint quelques minutes après, l'air chamboulé.
-Ça ne répond toujours pas. Dites, il faut faire quelque chose! Je ne vais quand même pas faire intervenir les gendarmes!
-C'est bon, j'y vais, mais indiquez moi précisément le chemin, j'ignore totalement son adresse.
-C'est simple.
Et se saisissant d'un papier et d'un crayon, elle me traça un itinéraire approximatif.
-Voilà, c'est la petite rue avant d'arriver au château. L'adresse, c'est 45 rue des tamaris. Vous verrez, c'est un immeuble ancien, elle habite au rez-de-chaussée.
-Et quel est son nom de famille?
-Pasquier. Maryse Pasquier.
-Et si elle ne répond pas?
-Vous aviserez. Faites assez de boucan pour la réveiller!
Je pris le bout de papier et gagnais ma voiture.
Voyons: je devais descendre la grand rue, tourner à gauche de l'église, rouler tout droit sur 500 mètres environ puis m'engager sur le chemin menant au château pour enfin tourner à droite avant d' arriver rue des tamaris.
Ayant mémoriser l'itinéraire, je lançais le moteur.
A cette heure matinale, il y avait peu de monde dans les rues du village: par-ci par-là une personne âgée promenant son chien, et je fus rapidement devant le 45.
C'était une vieille maison de pierres Renaissance, à deux étages, et avant d'entrer, j'examinai la façade. Les volets de gauche étaient fermés, et je supposais que j'avais des chances de trouver l'appartement du premier coup. J'ouvris la porte d'entrée sans difficulté et me trouvais dans un couloir sombre. La porte de gauche, comme je l'avais bien supposé, portait une carte de visite punaisée avec le nom de M. Pasquier.
Je regardais autour de moi, gêné de frapper à cette heure matinale (il n'était que sept heure et demi, après tout) et tapais timidement contre la porte.
Rien.
Je frappais plus fort, jusqu'à tambouriner carrément au bout d'un certain temps.
-C'est fini ce vacarme?
Allons bon, j'avais réveillé la voisine d'en face.
La dame qui m'interpellait, l'air peu aimable, se tenait sur le seuil de sa porte, en peignoire et bigoudis.
-Qu'est-ce qui se passe, que vous tapez comme un sourd?
-Je... Et bien je viens de la part de la patronne de l'auberge où travaille Melle Pasquier, elle n'est pas venue travailler ce matin. Je viens voir si elle n'est pas malade.
-En tous cas, elle n'était pas malade cette nuit, elle a fait assez de raffut avec sa musique!
-ce n'est pas normal qu'elle ne réponde pas, continuai-je, imperturbable, il faudrait voir si tout va bien.


 Dielorelei 03 juin 2009 à 21:34 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-C'est vrai que je ne l'ai pas entendue partir ce matin, admis la voisine. Vous pensez qu'il y a un problème?
-Le fait est qu'elle n'ouvre pas, qu'elle ne répond pas, et qu'elle n'a pas prévenu qu'elle était souffrante. Et même endormie, le bruit que j'ai fait aurait du la réveiller.
-J'ai une clé.Si vous voulez, on pourrait entrer, histoire d'en avoir le coeur net. On ne sait jamais: et si elle avait eu un malaise?
-Faites donc ça, madame heu...
-Bouzigue. Mme veuve Bouzigue.
Et la voisine fit un preste aller-et-retour, revenant munie de la clé.
-J'espère qu'elle n'a pas laissé sa clé dans la serrure, ça nous compliquerait les choses, dit-elle tout en farfouillant dans la serrure.
-Ah non. Voilà, c'est ouvert.
J'écartais doucement mais fermement Mme Bouzigue afin d'être le premier à pénétrer dans l'appartement.
Je me trouvais dans une petite entrée sombre, et je cherchai l'interrupteur pour éclairer.
-Là, dit Mme Bouzigue qui me suivait comme mon ombre, en faisant jaillir la clarté d'un petit luminaire.
L'appartement était petit -Ce n'était qu'un studio- mais coquet, propre et bien rangé de prime abord.
Une entrée, la kitchenette sur la droite et le séjour sur la gauche. En face, ce que je supposais être une salle de bain.
J'avançais dans le séjour, et d'emblée, je vis. Je fis un pas en arrière, butant sur mme Bouzigue qui poussa un hurlement en découvrant à son tour la vision d'horreur.
Dans une alcôve, à gauche, un lit. Sur le lit le cadavre d'une femme.
Nul doute, en voyant la quantité de sang répandu et la position du corps, que cette femme était morte.
Je voulus cependant m'en assurer.
-N'approchez pas, Mme Bouzigue, dis-je à la voisine qui, la main sur la bouche, les yeux équarquillés, semblait statufiée.
Prenant soin de ne toucher à rien, j'approchais du lit.
Nul doute. Cette femme, gisant dans une mare de sang, le regard désormais fixé sur le néant, était bien Maryse.
Apparemment, elle avait été poignardée sauvagement. Les draps et la courtepointe ainsi que les oreillers étaient rouges de sang. Celui-ci avait même éclaboussé le mur au dessus du lit.
Je cherchai sans trop y croire un signe de vie en appuyant mes doigts sur son cou: rien.
Je pris mon portable et appelais la police et les pompiers. Puis je repoussai Mme Bouzigue vers la porte.
-Il ne sert à rien de rester là, dis-je, attendons-les dehors.
-Mais qui a pu faire ça, chevrotta la voisine qui, manifestement tremblait de partout.
-Je n'en sais rien, soupirai-je, tout ce que je sais, c'est qu'il y a deux jours, c'était une jeune fille pleine de vie.
Et maintenant...
-On est peu de chose, murmura Mme Bouzigue. Quand même, finir comme ça...
-L'avez-vous entendue rentrer, cette nuit?
-Pas cette nuit, hier soir vers vingt deux heures, et elle était avec quelqu'un, je l'ai entendu rire et parler.
-Et l'homme, vous l'avez entendu?
-Très peu, il parlait bas.
-Vous êtes sûre de l'heure?
-Certaine, je regardais un téléfilm en deux épisodes et c'était la fin de la première partie. Y a qu'à regarder le programme.
-Vous ne les avez pas vus, par hasard?
Et je jetais un coup d'oeil au judas de sa porte.
-Ah! mais je n'espionne pas, moi, fit Mme Bouzigue énergiquement.
Trop énergiquement.

 Dielorelei 16 juin 2009 à 17:48 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-C'est dommage, cela aurait servi l'enquête, si vous aviez eu le réflexe de jeter un coup d'oeil.
-C'est-à-dire...mais tout à fait entre nous, hein, je vérifiais si le verrou de ma porte était bien tiré -vous savez, à l'heure actuelle on n'est jamais trop prudent- et j'ai du machinalement jeter un coup d'oeil par le judas.
-Et?
-Et j'ai vu Maryse avec un homme blond, grand, bien de sa personne, ils semblaient se connaître. Elle a ouvert sa porte et ils sont rentrés. Et la minuterie s'est éteinte peu après. Et je suis retournée voir la seconde partie de mon téléfilm.
-Avez-vous une idée de l'heure à laquelle l'homme -le blond- est reparti?
-Alors là, vous m'en demandez trop. Pas tout de suite après la fin du film, ça non, j'aurais entendu claquer la porte d'entrée, vous savez, l'inconvénient d'un rez-de-chaussée, c'est qu'on est assez souvent dérangé par la porte. Enfin, la nuit, c'est rare.
-Et là, vous n'avez rien entendu?
-Si. Je l'ai entendu claquer deux fois cette nuit, puisque j'ai été réveillée deux fois. Mais je n'ai pas regardé l'heure.
-Il faudra dire tout cela à la police, dis-je à Madame Bouzigue. Justement, les voilà.
La voiture des pompiers et celle de la police arrivaient presque simultanément.
Et tout le monde débarqua des voitures. Un homme en civil s'adressa à nous:
- Inspecteur Cojean. C'est vous qui avez appelé? qu'est-ce qui s'est passé? Vous êtes monsieur...?
-Johannes Muller, et voici Madame Bouzigue. Nous venons de trouver une jeune femme baignant dans son sang.
-C'est où, au juste?
Nous le précédâmes dans le couloir et le laissâmes entrer.
-Vous avez touché à quelque chose? demanda-t-il après s'être penché sur le corps.
-Non, nous avons juste constaté ce qui s'était passé et téléphoné aussitôt.
Il sortit son portable et composa un numéro. Tourné vers la fenêtre il dit quelque chose que nous n'entendimes pas.
-Le légiste va arriver, nous renseigna-t-il, en attendant, si vous pouviez m'apporter des précisions sur ce qui s'est passé...
-Mais entrez donc chez moi, nous serons mieux, dit Madame Bouzigue en ouvrant sa porte.
Tandis que le reste de la troupe montait la garde dans le couloir pour empêcher les curieux de voir, l'inspecteur Cojean et moi-même entrâment chez Madame Bouzigue.
-Je vous sers un café, proposa-t-elle, je venais d'en faire quand j'ai entendu Monsieur frapper à la porte de Mademoiselle Pasquier.
Le café fut accepté et l'inspecteur Cojean me demanda si je connaissais Maryse Pasquier et pourquoi je venais la voir à cette heure matinale.
-Je loge à l'auberge où elle travaille et..
-"Les Mimosa"? coupa-t-il, et quelles sont vos relations avec Mlle Pasquier?
Je décidai de commencer par le commencement et lui dis que j'étais autrichien, en vacances dans la région, que j'étais auteur de romans policiers en quête de documentation et que la patronne de l'auberge, inquiète de ne pas voir Maryse à l'heure habituelle m'avait demandé d'aller voir si elle n'était pas souffrante.










 Dielorelei 16 juin 2009 à 22:12 Envoie un message √† Dielorelei Voir le profil de Dielorelei
-Et vous Madame heu...
-Bouzigue, madame veuve Bouzigue.
-Oui, madame Bouzigue, avez-vous remarqué quelque chose de particulier cette nuit?
Madame Bouzigue lui raconta ce qu'elle m'avait déjà dit et Cojean me demanda:
-Vous voyez qui peut-être cet homme blond?
-Je pense qu'il s'agit de Raoul de Lonzac, il avait rendez-vous avec Maryse hier soir. Enfin, c'est ce qu'il m'a dit.
-Et où peut-on le trouver, ce Raoul de Lonzac?
-Mais à l'auberge, il est de passage et loge quelque temps aux "Mimosas".
-Eh bien, nous allons rendre une petite visite à ce monsieur. mais avant, je vais voir où en est le légiste.
Cojean disparut dans l'appartement de Maryse, et quand il revint, il me fit simplement signe de le suivre.
-Ah, j'oubliais: vous voudrez bien passer au commissariat pour faire votre déposition, dit-il à madame Bouzigue.
-Vous avez votre voiture, je suppose, me dit Cojean quand nous fûmes dehors, il est inutile de se faire escorter par la police pour aller à l'auberge.
Tandis que nous roulions, Cojean me posa la question que j'attendais.
-Et vous étiez où, monsieur Muller, cette nuit?
-Chez les gitans.
Il me regarda, surpris.
-Vous pouvez répéter?
-J'étais chez les gitans. J'ai dîné hier soir au camp. Avec eux.
-En voilà une nouvelle. C'est pour votre "documentation"?
-Non. J'avais repêchée la petite fille du chef de clan, et en remerciement, ils m'ont invité. Je ne pouvais pas refuser.
-Repêchée d'où?
-Du gave, elle était tombée dedans en voulant remplir ses bidons d'eau.
-Eh bien dites donc! Bon, en tout cas, on vérifiera, question de routine.
-Bien sûr.
Quand nous sommes arrivés à l'auberge, la patronne nous attendait devant l'entrée.
-Mais c'est vous, monsieur Cojean! ah mon Dieu, il est arrivé malheur! Je le sentais! C'est Maryse, n'est-ce-pas? Il lui est arrivé quelque chose?
-J'en ai bien peur, mais ne restons pas dehors.Il y a un endroit où on peut être tranquilles?
-Dans le petit salon derrière la salle à manger, à cette heure-ci il n'y a personne.
Nous nous sommes assis autour d'une petite table, et la patronne nous a proposé un café. Que nous avons refusé. Et Cojean est tout de suite entré dans le vif du sujet.
-Maryse est morte, madame Bonafou.
-Mais morte...morte comment? hier soir, elle allait très bien!
-Justement, parlons-en, d'hier soir. Savez-vous avec qui elle est sortie?
-Non, c'était son jour de congé, elle ne m'a pas tenu au courant de ses projets, c'est une adulte, vous savez, elle fait ce qu'elle veut.
-"C'était", madame Bonafou, elle est morte maintenant.
-C'est vrai. C'est la malédiction des gitans. J'en suis sûre. C'est à cause d'eux, tout ça.
-Attendez, vous n'allez pas croire à ces foutaises, madame Bonafou? on a un assassin en liberté, et si c'est un gitan ou un homme blond, on le trouvera.
-Un homme blond?
-Vous avez bien un certain Raoul de Lonzac parmi vos pensionnaires?
-Oui, mais pourquoi?
-Attendez, les questions, je les pose, vous vous répondez. Alors, ce Raoul de Lonzac?
-Il dort encore, je suppose.
-Allez le chercher.










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Bon à savoir:

La Malédiction des Gitans est class√©e dans le genre Science-fiction.

Commencée par Colombus,
le 08 décembre 2006. L'histoire est compos√©e de 75 participations.

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